Le débat sur le projet de statut d’autonomie pour la Corse, pauvre et mesquin, est pour moi l’un des signes les plus préoccupants de l’état de notre pays aujourd’hui.
Ce n’est pas qu’il n’y ait rien à objecter au texte préparé par les réunions de Bauvau, pas plus qu’il ne saurait y avoir d’objections à la prétention des corses de considérer qu’ils formeraient un peuple au sein de la communauté française..
Mais lorsque l’on va réclamer, comme ont pu le faire certains à droite, que le texte soit retiré par le gouvernement, c’est à dire que la volonté unanime des élus de l’assemblée de Corse ne soit même pas discutée par la représentation nationale, il y a un pas qui démontre, s’il la fallait, à quel point la démocratie est gravement atteinte dans un pays qui a peur de son ombre au point de refuser un débat légitime.
Le 23 novembre 1990, l’assemblée nationale française votait, à une confortable majorité que » La République française garantit à la communauté historique et culturelle vivante que constitue le peuple corse, composante du peuple français, les droits à la préservation de son identité culturelle et à la défense de ses intérêts économiques et sociaux spécifiques ».
Et voilà que 36 ans plus tard, les parlementaires français passent presque une journée entière à ergoter sur la formule suivante du texte soumis à leur attention » La Corse est dotée d’un statut d’autonomie au sein de la République, qui tient compte de ses intérêts propres, liés à son insularité méditerranéenne et à sa communauté historique, linguistique et culturelle ayant développé un lien singulier avec sa terre » et à la remplacer par ceci: « La Corse est dotée d’un statut d’autonomie au sein de la République, qui tient compte de ses intérêts propres, liés à ses caractéristiques d’île méditerranéenne, à son relief montagneux et à sa communauté insulaire, historique, linguistique et culturelle ayant développé un lien singulier à la terre corse.
Quant on n’est pas féru de sémantique ou de sémiotique, comme l’immense majorité de nos compatriotes, on ne peut que rester pantois devant tant de mesquine attention à ne pas se détacher du jacobinisme.
La tradition populaire, comme je l’ai illustré dans ce billet de blog, dirait plus trivialement que nos parlementaires se sont escrimés à ne pas laisser beaucoup de mouches vierges dans l’enceinte parlementaire !
Pour les députés jacobins, l’« insularité » ouvrait semble-t-il la porte à la reconnaissance d’un « fait insulaire quasi spirituel » qui aurait pu justifier des droits politiques dérogatoires. En ancrant le texte dans la géographie , la montagne, l’île, le législateur se rassure : on donne de l’autonomie à un territoire contraignant géographiquement, et non à une entité politique concurrente de la République.
Faut il rappeler à ces républicains d’opérette, que le territoire en question est le seul en France ou les partis politiques indépendantistes recueillent régulièrement, près de 15 % des voix , au point que le président élu de l’Assemblée de Corse était jusque en 2021 le chef du principal parti indépendantiste ?
Croient ils vraiment que se raccrocher au fait que la Corse est effectivement une Île, et de surcroit une Île Montagne, va en faire une région métropolitaine comme les autres ?
Ont ils si vite oublié que si Darmanin s’est subitement converti à la doxa des autonomistes et avait entamé avec les corses les discussions qui ont abouti au texte examiné par nos députés, c’est parce que des émeutes urbaines violentes et inédites avaient éclaté à Bastia et Ajaccio où, je ne l’avais encore jamais vu, les cocktails Molotov avaient été employés contre les forces de l’ordre ?
Jacobins ne tuez pas la paix ! avait intitulé Michel Rocard une tribune dans la quotidien Le Monde du 31 Aout 2000, il y a 26 ans , que je les invite à la lire pour prendre la mesure de leurs responsabilités.
Au lieu de s’alarmer des supposées visées séparatistes des amis de Gilles Siméoni, la représentation nationale ferait mieux de prendre à bras le corps les problèmes qui déchirent le corps social de notre pays, en fracturent les fondements en en menacent la survie.
Un pays qui est devenu, avec la Belgique voisine, la plus importante plateforme de trafic de stupéfiants de l’Union Européenne , ou plus une seule de nos petites villes n’échappe au contrôle des narco trafiquants qui défient les institutions chaque jour un peu plus devrait se livrer à un peu plus d’introspection sur la responsabilité de ses élites.
Je vis en Isère, à une demi heure de Grenoble ou il y a quelques jours les narco trafiquants on placardé en plein jour sur un mur de la ville une offre d’emploi aux jeunes qui voudraient s’associer au trafic, en même temps la rémunération qui leur serait versée et les tarifs de leurs produits ..
J’ai contribué avec quelques amis à lancer en Corse, il y a maintenant 6 ans, le collectif anti-mafia aMaffiaNo , et j’attends toujours que nos fringants parlementaires métropolitains, si prompts à faire la leçon à mes compatriotes corses en fassent autant dans leur circonscription..
Notre site web: https://www.maffiano.com/
Agé de 84 ans , je désespère très franchement de le voir de mon vivant..
Je n’irai pas plus loin aujourd’hui, mais j’ai hélas le pressentiment que j’aurai à y revenir bientôt.
Vincent CARLOTTI est un homme politique français, né à