L’ALLEMAGNE ET LA MAISON EUROPE: DESAMOUR OU UN PEU PLUS ?
29 avril 2010 par Vincent CARLOTTI
Présent dans A la Une, Economie, Introduction
Madame MERKEL n’est pas une femme pressée, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle l’avait déjà manifesté durant la crise financière ou elle avait mis plus d’un mois et demi de plus que les autres pays de l’Union à admettre qu’un plan de relance était indispensable.
Pour ce qui concerne l’aide à la Grèce, ce pays qui s’illustre régulièrement l’été par ses incendies de forêt dévastateurs et qui est en train de mettre le feu à l’euro, même scénario: madame la Chancelière traine les pieds et affole les marchés. Même le placide Michel BARNIER s’énerve et prédit une nouvelle crise à nos portes.
Il faut dire que les allemands, auxquels les gouvernements imposent depuis sept ans une cure d’austérité qui n’est pas sans rappeler les purges à base d’huile de foie de morue administrées naguère aux enfants , répugnent à juste titre à payer pour un pays, la Grèce, qui a honteusement triché pour dissimuler, avant que n’éclate la vérité, l’ampleur de ses déficits.
Une campagne aux relents de xénophobie malodorante et violente est d’ailleurs menée par les tabloïds qui donne la mesure de l’exaspération des allemands, mais aussi, et c’est sans doute plus grave, d’un sentiment anti-européen diffus qui est en train d’envahir une partie de l’opinion publique et déborde sur les cénacles politiques.
Une frange des économistes d’outre Rhin commence à suggérer que la Grèce pourrait, si ce n’est devrait, quitter l’Eurogroupe et retrouver la drachme, sa monnaie millénaire. Outre le coup de tonnerre que cette décision entrainerait dans le ciel européen, elle mettrait le peuple grec dans une situation qui justifierait non pas une aide financière mais carrément une aide humanitaire.
Avec une dévaluation de fait de plus de 50% de leur monnaie les grecs verraient en effet leur pouvoir d’achat réduit d’un jour à l’autre dans des proportions voisines…Imaginez la suite.
On peut se demander si cette suggestion tout de même assez irresponsable, ne recouvre pas le désir, plus ou moins inavoué d’une partie de la classe politique allemande de voir sortir de la zone Euro, non pas la Grèce, mais l’Allemagne elle même, qui retrouverait ainsi son Mark dont elle n’a vraiment jamais complètement admis l’abandon par Helmut KOHL…
Impensable bien sûr, si l’Allemagne comptait comme Chancelier, un homme ou une femme d’État: mais que penser d’une Angela MERKEL qui, face à une crise d’une telle ampleur garde son Å“il bleu fixé, non pas sur l’avenir de l’Europe, mais sur l’horizon des prochaines élections régionales qu’elle craint de perdre ?

