Ma part de vérité - Edition du Lundi 06/02/2012

L’ARGENT SANS MAITRE POUR CHARLES HENRI FILIPPI.

27 septembre 2009 par Vincent CARLOTTI  
Présent dans A la Une, Economie, Introduction

L’argent sans Maitre, c’est le titre de l’excellent essai que  notre compatriote Charles Henri FILIPPI vient de publier aux éditions Descartes.

L’auteur,  sorti major de l’inspection des Finances, intègre en 1982 le Cabinet de Jacques DELORS, et est élu à la première Assemblée de Corse sur la liste de Prosper ALFONSI sur laquelle nous nous trouvions ensemble.

Proche de Laurent FABIUS, il devient ensuite Directeur du Cabinet de Georgina DUFOIX. Il passe ensuite au secteur privé, dirige la Banque STERN, puis entre au CCF dont il devient  PDG avant de se retrouver  Président du Directoire de la filiale France de la banque britannique HSBC  jusqu’en 2007.

Dans l’essai remarquable qu’il vient de publier il livre une analyse extrêmement pertinente et parfaitement assimilable pour quiconque s’interesse aux questions économiques, des raisons et de la gravité de la crise qui affecte le monde de la finance.

Après avoir rappelé l’histoire de la création monétaire et de la circulation de l’argent, rappelé son rôle dans la création de la croissance, et souligné le compromis entre l’argent et la démocratie à l’origine de  la prospérité des pays occidentaux, il décrit avec précision les mécanismes qui l’ont fait voler en éclat.

Pour lui, la crise que nous traversons est plus qu’une crise financière, économique et sociale. C’est une profonde et brutale rupture politique ou à l’argent socialisé et dispersé, qui canalisait le le  capitalisme  a succèdé l’argent privatisé et concentré.

Un monde ou un millier de milliardaires en dollars concentre une richesse supérieure à ce que possèdent les deux milliards d’humains les plus pauvres de la planète, un monde ou la démocratie est mise en danger par l’accumulation insensée des richesse par une poignée d’oligarches dont la cupidité et l’avidité ne conanissent aucune contrainte.

Un monde ou  le créateur, l’ingénieur ou le manager ont été  effacés par l’actionnaire et où le pouvoir de “faire de l’argent” est passés de l’entrepreneur économique à l’entrepreneur financier et ou l’économie de marché s’est vue remplacée en fait par l’économie de l’argent, où la création monétaire a échappé au banques pour se généraliser dangereusement à une série d’intermédiaires dont le financement de l’entreprise n’était plus l’objectif premier.

Pour en sortir, s’il n’est pas déjà trop tard, il préconise d’abord de redéfinir les contours de la création monétaire, la monnaie bien public ne devant plus être confondue avec l’argent bien privé, et surtout, concevoir et mettre en oeuvre une règlementation rigoureuse car le contrôle de la création monétaire est devenu tout simplement vital pour l’équilibre de la planète.

Ensuite ne plus permettre à quiconque de fabriquer de l’argent au delà de sa contribution au développement économique. Il faut, conclut il, revenir à une économie sociale de marché, qui mette sous tutelle l’argent prédateur tout en laissant s’exprimer l’argent quand il est auteur de progrès: comme le stipule la déclaration des Droits de l’Homme, il faut que cette forme incontournable et essentielle qu’est l’argent ne puisse être véritablement fondée que sur l’utilité commune.

Bref, un ouvrage à lire et à méditer: l’ouvrage d’un brillant technicien mais aussi d’un homme  de gauche chez lequel le souci de l’humain est constant. de la banque et de la finance.

Petite histoire à méditer pour finir: Charles Henri FILIPPI a été battu aux élections municipales de 1983 dans son village de Vescovato par un homme avec un casier judiciaire long comme le bras et qui, comme on dit chez nous ” non sapia mancu fa “O” incu una canna ” .

LE BONHEUR EN CHIFFRES POUR DEMAIN ?

17 septembre 2009 par Vincent CARLOTTI  
Présent dans A la Une, Economie, Introduction

Joseph STIGLITZ, prix Nobel d’économie, vient de remettre à Nicolas SARKOZY le rapport que celui ci lui avait demandé sur les instruments de mesure de la prospérité.

Cet américain, qui a été conseiller de Bill CLINTON, est connu pour ses positions progressistes. Dans un de ses livres intitulé  ” Un autre Monde, contre le fanatisme du marché” qui avait connu un énorme succès, il réclamait que soit mise en place à l’échelel planétaire une régulation qui évite les excès et les dérives du libéralisme.

A l’origine c’est la pertinence de la mesure de la santé économique d’un pays par le PIB qui est en cause. Le Produit Intérieur Brut est défini comme la valeur totale de la production interne de biens et services dans un pays donné au cours d’une année donnée par les agents résidant à l’intérieur du territoire national.

Le problème est qu’il est apparu progressivement que cet indicateur ne refletait que très imparfaitement la réalité des économies : la croissance économique dont il donne la mesure n’intègre en effet en rien la destruction des stocks de richesses naturelles qu’elle entraine, sans que le calcul du PIB en tienne compte.

C’est ainsi par exemple que le PIB prend en compte les biens et les services objet de dépenses de la part de l’Etat, sans que l’on ne puisse mesurer vraiment la valeur de la “production” des services de l’Etat. Autrement dit, plus l’Etat dépense, bien ou mal, plus le PIB, censé mesurer la richesse de la Nation, augmente.

Si l’on prend soin de mesurer la production d’une entreprise, rien n’est mis en oeuvre pour prendre en compte les conséquence sur la même production du stress ou des mauvaises conditions de travail.

De la même façon, et de manière un peu caricaturale, on pourrait affirmer que lorsque des intempéries détruisent la forêt des Landes, rien ne permet d’en mesurer l’impact sur la richeses de la Nation, alors les travaux de restauration, de reconstruction des immeubles dévastés, vont donner un coup de fouet au PIB.

Reste à trouver un système qui arrive à mesurer, en quelque sorte, le bonheur d’une nation, seule richesse véritable si l’on veut bien réfléchir un peu. Gageons que ce n’est pas demain la veille que nous en verrons la publication!

C’est un peu comme chez nous, en Corse, quand on prétend mesurer la contribution du tourisme à la richesse de notre ÃŽle sur le seul critère de l’augmentation du chiffre de la fréquentation. On compte ainsi les passagers auxquels il arrive , comme  vous et moi, de voyager l’été,  les italiens qui ne font que traverser la Corse pour se rendre en Sardaigne, et ceux qui voyagent pour affaires.

On se garde bien, par contre, de mettre au point les instruments qui permettraient de mesurer la dépense des touristes, quantitativement et qualitativement. Peut être par crainte de découvrir que lorsque l’on soustrait du budget d’un mémage de touristes le transport, financé pour partie par le contribuable,  et les dépenses d’alimentation, dont on sait que les deux retournent pour une bonen partie sur le continent, il y aurait de quoi mettre à mal le modèle économiqyue du tourisme insulaire.

Comme dirait un de mes excellents amis statisticien émérite: la statistique est la forme supérieure du mensonge…