Ma part de vérité - Edition du Lundi 06/02/2012

MARINE LE PEN HISSE LES VOILES.

16 janvier 2011 par Vincent CARLOTTI  
Présent dans A la Une, Introduction, Politique

Ainsi Marine LE PEN, 42 ans, succède aujourd’hui à son père à la tête du Front National. Elle arrive au bon moment, dans une France qui doute de son destin, confrontée à un monde dans lequel elle ne retrouve plus ses repères.

On ne peut pas rêver, pour un parti d’extrême droite, de meilleur moment pour prospérer et engranger les soutiens de tous ceux qui nourrissent des griefs à l’égard de la droite comme de la gauche, et ils sont nombreux…

A droite la lepénisation des esprits fait des ravages dans les rangs des militants et des sympathisants UMP revenus des embardées du sarkozysme, pendant que du coté du FN, même Jean Marie LE PEN n’hésite plus à évoquer une éventuelle alliance avec la droite, comme en témoigne un entretien paru ce jour dans Le Parisien.

A gauche, l’incompréhensible l’attente orchestrée de la décision de “l’imam caché de Washington” commence à indisposer nombre de militants et d’électeurs du PS pendant que des voix commencent à s’élever pour s’inquiéter de la situation, à commencer par celle de Daniel COHN-BENDIT  déclarant qu’il ne voit pas la gauche gagner en 2012..

Je suis dans la même disposition d’esprit, et je crains comme beaucoup, que le télescopage d’un certain nombre de décisions ne finisse par  reproduire, d’une manière ou d’une autre, le désastre de 2002.

La gauche n’est pas du tout pour l’instant en ordre de bataille. De surcroît, la “culture de gouvernement” qui tétanise visiblement le PS et le contraint, volens volens, à ne pas remettre frontalement en cause le fondamentalisme des marchés, l’oblige a se situer sur des positions défensives face au nouveau “discours social” de Marine LE PEN et à la démagogie débridée de Nicolas SARKOZY, quitte à apparaître à l’électorat populaire comme le meilleur  défenseur de la mondialisation libérale.

Il est pourtant urgent de repenser le monde, de revisiter en profondeur une doxa économiste  qui  plonge nos pays dans le désarroi, aggrave considérablement les inégalités et la crise environnementale, et qui continue imperturbablement à foncer dans le mur ou nous nous ecraserons à plus ou moins brève échéance.

Quand un système disjoncte à ce point, c’est d’une faillite qu’il s’agit, et quand une entreprise fait faillite on liquide et on rebâtit sur ses ruines. Faute de l’entreprendre, la gauche, au pire perdra les élections et favorisera la nouvelle alliance entre droite extrême et extrême droite,  ou, au mieux, gagnera les élections pour se perdre ensuite en gèrant la faillite du système faute d’avoir su et voulu le réformer.

GAUCHE : DES SURLENDEMAINS QUI NE CHANTENT PAS

Une droite défaite, un Président KO debout, des français dressés vent debout contre le sarkozisme ses mensonges et ses impostures, bref, pour la gauche des lendemains qui chantent…

Sans doute, mais en politique rien n’est plus grave que la myopie, cette infirmité qui ne vous laisse pas voir plus loin que la pointe de votre nez.

la déroute de la droite se produit en effet au moment précis ou l’extrême droite vit une double résurrection: une remontée importante et préoccupante dans la faveur de l’opinion, et le crépuscule de Jean Marie LE PEN auquel sa fille Marine s’apprète à succèder en fanfare après son remarquable résultat en Nord pas de Calais.

C’est dire que pour l’UMP la question des alliances avec le FN, qui avait empoisonné les dernières années du RPR va revenir rapidement sinon à l’ordre du jour, du moins dans l’esprit de chacun des députés menacés de perdre son siège en 2012.

Décidée depuis longtemps à “normaliser” le FN, la fille de LE PEN n’est marquée ni par la guerre d’Algérie, ni  par l’OAS,  ni par aucune des vielles lunes antisémites de l’extrême  droite française.

Populiste, elle est particulièrement à l’aise dans  le discours anti-capitaliste que MUSSOLINI a été le premier à entonner à la naissance du fascisme, sans que son discours ne soit mis à mal par les dérapages dont son père est coutumier.

C’est dire que, la crise aidant, elle va faire des ravages dans l’électorat de l’UMP lors des prochaines élections présidentielles et législatives si SARKOZY reste son candidat.

Certes, le dirigeants de la droite sont encore majoritairement hostiles à tout accord avec le FN, et la gauche gagnera probablement les prochaines élections.

Il lui appartiendra alors de gouverner, au cÅ“ur de la crise, et de solder les factures que le sarkozisme laissera à notre pays dans nombre de domaines, et pas seulement celui des déficits abyssaux  des comptes publics qu’il aura contribué à creuser.

Il y a fort à parier qu’elle sera par conséquent elle même défaite au tour suivant, et que la droite, mortifiée par la série de désastres que, véritable NERON, aura occasionné SARKOZY, se raccrochera à l’alliance avec les troupes de Marine, si j’ose m’exprimer ainsi, pour retrouver le pouvoir.

C’est dire combien la gauche doit se garder d’un optimisme béat au spectacle de la déroute du Président de la République. Elle devra, au contraire, avoir une conscience aigüe de ses responsabilités afin de ne pas, par une coupable légèreté se contenter de pratiquer “l’alternance” comme en rêvent certains à Solférino.

On peut bien sûr se contenter de surfer sur la vague de l’anti sarkozysme, mais attention à ne pas s’emplâtrer sur la vague de mécontentement qui suivrait inéxorablement si la gauche se contentait de se glisser dans les draps de soie  des palais de la République.

Elle  pourrait se retrouver alors , volens nollens,  responsable à brêve échéance de la présence de Ministres d’exrême droite dans un gouvernement français, pour la première fois depuis 1940.