Ma part de vérité - Edition du Jeudi 09/09/2010

EMMANUEL TODD : LA DEMOCRATIE EN QUESTION

On peut ne pas être d’accord avec Emmanuel TODD. Il a une façon qui n’appartient qu’à lui de renverser la table qui peut déconcerter ou irriter les bien pensants et les beaux esprits.

Il n’empêche que ce brillant ethnologue un tantinet touche à tout met régulièrement et de manière originale sa discipline au service de l’analyse économique et sociale avec un bonheur certain pour tous ceux qui s’interesent à ces questions.

Dans son dernier ouvrage, Après la Démocratie, aux éditions Gallimard,il se livre à une critique documentée, argumentée du libre échange qui sort des sentiers battus et, même si l’on ne partage pas complètement les conclusions auxquelles il arrive, donnent à réfléchir à tout esprit libre et ouvert.

Difficile à classer politiquement, il éprouve visiblement pour la classe politique française dans son ensemble, gauche et droite confondue, le plus profond mépris. Dans ce domaine, c’est Nicolas Sarkozy qui est l’objet de ses critiques les plus acérées, même s’il trouve des circonstances atténuantes aux graves dérives dont il l’accuse. Circonstances certes atténuantes, mais qui sonnent en fait comme la plus grave de ses critiques: si la France a élu un malade, dit il ainsi, c’est parcequ’elle est elle même malade…

Mais c’est son analyse des ravages du libre échange sur la société française qui occupe l’essentiel de son ouvrage et retient l’attention du lecteur.

Pour lui l’enrichissement exhorbitant d’une petite minorité, 1% de la population française, entièrement tournée vers la satisfaction de ses désirs et coupée du reste de la nation repérsente un danger pour la démocratie, dans la mesure ou elle ne peut plus accepter que l’on puisse d’une manière ou d’une autre attenter à ses privilèges.

Condamnée pour cela à investir la sphère du pouvoir politique, directement ou par le truchement d’hommes politiques de paille, elle n’aura selon lui un jour ou l’autre pas d’autre choix que de s’en prendre au suffrage universel et de favoriser l’emergence de la dictature.

Seul le retour au protectionisme est selon lui de nature à donner un coup d’arrêt aux dérives provoquées par la libre échangisme dont il estime que contrairement à ce que proclament ses dévots il n’a contribué qu’à aggraver considérablement les inégalités et les risques de guerre.

On peut bien sûr en sourire, mais on peut tout aussi légitimement s’en inquiéter: l’éclairage de l’histoire des sociétés humaines sur laquelle l’auteur base son analyse est largement de nature à s’interroger sérieusement.

A lire donc, et à méditer de toute façon.

 

 

 

 

 

 

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