LES OLIGARQUES
26 octobre 2010 par Vincent CARLOTTI
Présent dans A la Une, Introduction, Lectures
Les oligarques: on croyait ce terme réservé à la Russie de POUTINE, mais à la lecture de l’ouvrage des sociologues Michel PINÇON et Monique PINÇON -CHARLOT, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas SARKOZY, on se rend compte que c’est le même système, ou plutot le même régime qui se met insidieusement en place dans notre pays.
Bouclier fiscal, rabattements et exonérations diverses, dépénalisation du droit des affaires, ou encore connexions entre le président et les grandes fortunes françaises ne sont pour eux que les éléments les plus visibles d’une véritable guerre des classes au service de la nouvelle  aristocratie de l’argent.
Pour la première fois dans notre république, derrière la façade respectable d’une vieille et solide démocratie, se dessine selon les auteurs un tout autre régime, unn régime oligarchique, unn gouvernement des riches pour les riches.
La charge est forte, et les arguments étayés solidement : difficile de ne pas apercevoir, au détour des faits abondamment cités dans ce livre les contours inquiétants d’une France dans laquelle il n’est pas possible de se reconnaître.
Il parait, si l’on en croit les beaux esprits, qu’il n’est pas convenable de pratiquer l’anti-sarkozysme systématique. A la lecture de cet ouvrage je ne vois pas comment on pourrait l’éviter devant la démonstration qui est faite d’un pouvoir complètement soumis à la sphère financière.
Les auteurs ne se contentent pas de décrire la situation, ils esquissent, les solutions , souvent décoiffantes, qui selon eux peuvent éviter à notre pays de s’enfoncer plus avant dans cette dérive et mettre fin au règne de l’oligarchie politique et financière .
Abolir le cumul des mandats politiques, rendre le vote obligatoire, nationaliser les banques et restaurer leur vocation de préteur aux entreprises, interdiction de la titrisation, suppression de la Bourse qui ne sert plus qu’à fabriquer des fortunes et à perdu sa vocation initiale, mise en place d’un impôt progressif prélevé à la source sur tous les revenus du travail et du capital etc…
Enfin, face à la solidarité des puissants qui sont en train de gagner la guerre des classes, ils recommandent que se mette en place un front massif et solidaire qui conteste l’oligarchie dont Nicolas SARKOZY est le représentant politique au sommet  de l’Etat.
Jetant une pierre dans le jardin de l’opposition socialiste, les auteurs estiment que l’oligarchie se ferait très certainement une raison s’il venait à être remplacé par Dominique STRAUSS KAHN…
Un livre à lire et même à dévorer par tous ceux qui n’on aucune envie de mourir idiots…
EMMANUEL TODD : LA DEMOCRATIE EN QUESTION
14 janvier 2009 par Vincent CARLOTTI
Présent dans A la Une, Introduction, Lectures, Société
On peut ne pas être d’accord avec Emmanuel TODD. Il a une façon qui n’appartient qu’à lui de renverser la table qui peut déconcerter ou irriter les bien pensants et les beaux esprits.
Il n’empêche que ce brillant ethnologue un tantinet touche à tout met régulièrement et de manière originale sa discipline au service de l’analyse économique et sociale avec un bonheur certain pour tous ceux qui s’interesent à ces questions.
Dans son dernier ouvrage, Après la Démocratie, aux éditions Gallimard,il se livre à une critique documentée, argumentée du libre échange qui sort des sentiers battus et, même si l’on ne partage pas complètement les conclusions auxquelles il arrive, donnent à réfléchir à tout esprit libre et ouvert.
Difficile à classer politiquement, il éprouve visiblement pour la classe politique française dans son ensemble, gauche et droite confondue, le plus profond mépris. Dans ce domaine, c’est Nicolas Sarkozy qui est l’objet de ses critiques les plus acérées, même s’il trouve des circonstances atténuantes aux graves dérives dont il l’accuse. Circonstances certes atténuantes, mais qui sonnent en fait comme la plus grave de ses critiques: si la France a élu un malade, dit il ainsi, c’est parcequ’elle est elle même malade…
Mais c’est son analyse des ravages du libre échange sur la société française qui occupe l’essentiel de son ouvrage et retient l’attention du lecteur.
Pour lui l’enrichissement exhorbitant d’une petite minorité, 1% de la population française, entièrement tournée vers la satisfaction de ses désirs et coupée du reste de la nation repérsente un danger pour la démocratie, dans la mesure ou elle ne peut plus accepter que l’on puisse d’une manière ou d’une autre attenter à ses privilèges.
Condamnée pour cela à investir la sphère du pouvoir politique, directement ou par le truchement d’hommes politiques de paille, elle n’aura selon lui un jour ou l’autre pas d’autre choix que de s’en prendre au suffrage universel et de favoriser l’emergence de la dictature.
Seul le retour au protectionisme est selon lui de nature à donner un coup d’arrêt aux dérives provoquées par la libre échangisme dont il estime que contrairement à ce que proclament ses dévots il n’a contribué qu’à aggraver considérablement les inégalités et les risques de guerre.
On peut bien sûr en sourire, mais on peut tout aussi légitimement s’en inquiéter: l’éclairage de l’histoire des sociétés humaines sur laquelle l’auteur base son analyse est largement de nature à s’interroger sérieusement.
A lire donc, et à méditer de toute façon.
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