Ma part de vérité - Edition du Jeudi 23/02/2012

LA BATAILLE DE LA CO-OFFICIALITÉ

30 juillet 2011 par Vincent CARLOTTI  
Présent dans A la Une, Introduction

L’assemblée de Corse a adopté hier à une forte majorité un texte qui introduit pour la première fois clairement la co-officialité de la langue corse dans le débat public et institutionnel.

Il appartient dorénavant à l’assemblée de Corse de formuler et de préciser le contenu de sa décision, et ensuite au gouvernement ainsi qu’au parlement de se prononcer.

C’est un dossier très important, comment ne pas en convenir, et je regrette pour ma part  qu’il ait été introduit à l’occasion de l’examen d’une motion, car cela pourrait, de mon point de vue, en réduire la portée ou en compromettre la mise en oeuvre, ce qui serait profondément regrettable et dommageable.

J’ai eu l’occasion de formuler les mêmes réserves, non pas sur le fond mais sur la forme et pour les mêmes raisons, lorsque sur un dossier tout aussi important, a été introduite la revendication d’un statut de résident.

J”aurai sans doute l’occasion d’en faire autant, et pour les mêmes raisons de forme, lorsque l’assemblée de corse aura ficelé ses demandes en matière de fiscalité.

Il semble en effet qu’un certain nombre de groupes politiques aient choisi, pour des raisons pour moi évidentes d’opportunité, de “saucissoner” le débat sur le statut d’autonomie dont la Corse a le plus grand besoin pour construire son avenir, au lieu de l’aborder franchement.

Jugerait on le peuple incapable de prendre ses responsabilités qu’on ne procéderait pas autrement.

Je pense pour ma part qu’en présentant ainsi au gouvernement et surtout au parlement, ou pour certaines d’entre elles à l’union européennes, un chapelet de revendications aussi importantes, qui seront inévitablement perçues comme des privilèges par ceux qui seront appelés à en décider, on court le risque d’en compromettre durablement l’adoption.

Je considère au contraire pour ma part que les corses doivent sans plus attendre  ouvrir avec l’Etat et l’union européenne une grande  négociation sur un statut d’autonomie qui ouvrirait à l’ÃŽle la possibilité d’élaborer, dans les domaines ou il est évident que le destin de la Corse se jouera dans les prochaines années, les textes et les décisions qui auront force de loi sur sur le territoire insulaire.

Pour la mener, et contrairement à ce qui s’est produit pour les précédents statuts pratiquement “octroyés”, les élus devront préalablement obtenir un mandat de la population, et organiser à cet effet la tenue d’un référendum d’initiative populaire.

Étayée par un mandat clair de la population, la négociation aura d’autant plus de chances d’aboutir qu’elle concernera à la fois les droits que les corses entendent obtenir de l’un comme de l’autre de ses partenaires, mais aussi les les devoirs qu’elle s’engage a s’imposer en échange.

Et puisqu’il faudra de toute façon pour cela modifier la constitution, ce qui chacun le sait est loin d’être un chemin semé de pétales de roses, autant le faire une fois pour toutes et ne plus y revenir.

Agir autrement, et saucissonner le débat , avancer en crabe, c’est s’exposer à plus de déconvenues que de succès.

On peut comprendre cependant  que Paul GIACOBBI hésite à aborder franchement la question de l’autonomie, car ses alliés du PRG et du PC pourraient ruer dans les brancards.

On peut bien entendu comprendre aussi que les indépendantistes n’éprouvent pas un grand enthousiasme à être moteurs  sur ce terrain car ce serait admettre d’une certaine façon qu’ils renoncent à l’indépendance.

On comprend moins les “modérés” qui donnent  ainsi le sentiment d’avoir l’autonomie honteuse et d’avancer masqués sur un terrain qu’ils ont pourtant labouré les premiers avec constance.

Peut être ont ils peur de perdre le référendum: mais même perdue cette consultation populaire aurait de toute façon le mérite de faire tomber  les masques du clan, de désamorcer les menées électoralistes qui se dissimulent derrière l’apparence du “progressisme” et de dégager d’autres perspectives.

COMMENT DIT ON SURREALISTE EN CORSE ?

28 juillet 2011 par Vincent CARLOTTI  
Présent dans A la Une, Corse, Introduction, Politique

A l’heure ou l’assemblée de Corse va débattre de la co-officialité de la langue corse et du français, j’avoue mon embarras: je ne sais pas traduire le mot surréaliste en langue corse…

Ce serait pourtant particulièrement pratique et utile pour qualifier la situation de notre île telle  que la voient apparemment les élus territoriaux , je veux dire par là celle de ses habitants, du peuple corse et de ceux qui sont ici pour  partager avec nous, pour le meilleur et pour le pire les valeurs comme les soucis qui sont les nôtres.

Résumons nous:

  • Le “trinighellu”, en bon français le train à voie unique qui devrait normalement circuler entre Ajaccio et Bastia et pour lequel la CTC a investi 30 millions d’euros, est “kaput”, et la SNCF ne veut plus de la délégation de service publique.
  • Le chômage, corrigé des variations saisonnières comme disent les statisticiens, continue de grimper allègrement.
  • La DSP destinée à assurer la desserte maritime et aérienne de la Corse arrive à échéance sans que se dégage une majorité pour en établir les nouvelles bases.
  • La saison touristique s’annonce plutôt calamiteuse, ce qui est d’autant plus préoccupant que c’est ici une mono industrie.
  • La précarité prend des allures préoccupantes et les ONG comme le secours populaire tirent sans grand succès la sonnette d’alarme.
  • Les exécutions sommaires continuent d’ensanglanter l’ÃŽle, et le Corriere della sera milanais titre sur la Corse région d’Europe ou l’on tue le plus .
On pourrait penser que ce sont là des dossiers prioritaires et particulièrement chauds qui sont de nature à occuper les élus territoriaux.
Il faut croire que non: sans mesestimer bien entendu leur importance ce sont d’autres affaires qui semblent au centre des préoccupations.
Citons entre autres:
  • L’affaire abracadabrantesque du siège de la chambre régionale de commerce et d’industrie: au risque de déflorer la dernière mouche vierge qui se hasarderait à voler dans l’hémicycle, une commission va se pencher doctement  sur les statuts de ce vénérable organisme pour décider s’il s’agit d’une coquille vide ou d’une affaire sérieuse…
  • L’examen d’un statut de co-officialité pour la langue corse, qui est une affaire sérieuse, mais dont chacun sait qu’il finira ” au classement vertical”, comme on le dit en argot administratif,  du conseil constitutionnel.
Pour ce dernier point, comme pour les débats concernant le “statut de résident”, qui est également une question très sérieuse, je n’ai pas encore compris pourquoi les élus ont entrepris de saucissonner ainsi le débat sur un statut d’autonomie, même sous forme de “package”, alors qu’elle mérite amplement à mon sens que l’on demande au peuple de se prononcer  dans une consultation référendaire.
Car enfin, s’il s’est trouvé autant d’électeurs de la commune de Sisco pour se prononcer sur un statut de résident, je pense que le moment est venu d’aborder la question des institutions devant le peuple au lieu de l’enceinte fermée de la CTC où se devinent  un certain nombre d’arrières pensées et de manoeuvres politiciennes qui ne trompent personne, mais qui sont de nature à pervertir un débat fondamental.

LES CONTES DU TOURISME INSULAIRE…

3 juillet 2011 par Vincent CARLOTTI  
Présent dans A la Une, Corse, Introduction

Non, ce n’est ni une faute d’orthographe ni une faute de grammaire: ce n’est pas les  comptes du tourisme que je souhaite évoquer, mais les contes de bonne femme que les premiers  touristes provoquent.

Roland DOMINICI, Hôtelier à Porto Vecchio et président d’un syndicat de professionnels de l’hôtellerie s’est élevé vigoureusement contre l’optimisme qu’il estime excessif du quotidien Corse Matin qui estimait que tous les compteurs étaient au vert en ce début de saison.

Je ne suis naturellement pas compétent pour mesurer la réalité de ces différentes observations, mais j’exprime depuis longtemps des doutes sérieux sur les retombées véritables de l’économie touristique dans notre région.

Bien sûr, il ne me viendrait pas à l’idée de nier  que le tourisme, tel qu’il est pratiqué, soit la première activité économique de notre territoire, ni qu’il génère des flux financiers conséquents.

Je m’interroge seulement sur les secteurs auxquels la “manne touristique” profite vraiment, et ceux pour lesquels elle se traduit par un manque à gagner.

Le premier secteur est  incontestablement les compagnies de transport maritimes et aériennes étant donné le poids que représente le transport dans le budget d’une famille de touristes.

Le second est constitué par les grandes surfaces, ou viennent s’alimenter les clients des campings d’une part et des locations privées d’autre part, qui représentent le plus fort contingent de nos visiteurs.

Le troisième est sans aucun doute le secteur locatif privé, car le revenu qu’il tire de la location aux touristes n’est frappé d’aucun prélèvement.

Quant aux perdants, on peut facilement les déduire de ce qui précède:

Les hôteliers restaurateurs, dont le coefficient de remplissage reste malgré tout relativement faible si l’on excepte la ruée des aoûtiens, et qui subissent de plein fouet les prélèvements sociaux et  fiscaux.

la collectivité insulaire, car les touristes qui louent une  résidences privée utilisent les équipements publics comme ceux qui fréquentent les hôtels et les campings, sans que le collectivité ne perçoive un seul Euro sur les revenus  qu’ils versent pour ces locations.

C”est là une situation parfaitement anormale, dans un pays qui pourchasse à juste titre le travail au noir, mais se montre d’une inexplicable faiblesse avec les revenus perçus au noir.

Il faudra bien que la CTC, par le biais de l’Agence du Tourisme se mette en mesure d’établir enfin des Comptes du Tourisme, et mette à l’étude les moyens de remedier à une discriminaition qui, c’est vrai, n’est plus acceptable.

LA DÉMONDIALISATION EST ELLE DÉMONIAQUE ?

1 juillet 2011 par Vincent CARLOTTI  
Présent dans A la Une, Introduction, Politique

Si l’on en croit les dévots de la libre concurrence et les intégristes du libre échange, la démondialisation le serait sans le moindre doute.

Les qualificatifs employés à l’égard de ceux qui la prônent vont de l’insulte, dans la bouche d’Alain MINC, l’idéologue du CAC 40,  à la caricature, dans celle de Pascal LAMY, patron de l’OMC l’organisation mondiale du commerce gardien vigilant de libre échangisme.

Il faut dire que le thème de la démondialisation  introduit dans la campagne des primaires citoyennes du PS par Arnaud MONTEBOURG débarque en force dans un contexte politique particulièrement agité, singulièrement en Europe.

La crise grecque, les inquiétudes qui se manifestent en Espagne, en Italie, au Portugal et en Irlande, les ravages des délocalisations, la désindustrialisation qui s’accélère dans notre pays  invitent les français et les européens à s’interroger sur les effets de “la mondialisation heureuse” que ses chantres promettaient.

Le prix Nobel français Maurice ALLAIS a théorisé le concept d’économie de marchés, au pluriel,  pour signifier que la notion de “marché mondial” au singulier chère aux libéraux était une abstraction qui ne tient pas compte des  réalités très différenciées qui existent aux plans des structures de coût, de production et de formation de prix des produits d’une région à l’autre du monde.

La mondialisation, ainsi ramenée à la réalité géopolitique au delà de ses manifestations économiques et sociales, est avant tout de nature philosophique et politique.

Les tenants de la démondialisation considèrent que le moment est venu pour les politiques de reprendre des mains des financiers le contrôle du processus de création monétaire, de manière à permettre que l’homme puisse retrouver son statut de citoyen au détriment de celui de consommateur auquel il est en définitive réduit aujourd’hui .

Ils considèrent qu’il est urgent de procéder à une remise en cause profonde du fonctionnement des échanges dans le monde:

  • En réintroduisant une régulation du  le système financier mondial, dont la dérégulation neo-libérale a consacré l’irresponsabilité et dont la cupidité à provoqué la crise de 2008.
  • En relocalisant chaque fois que cela est souhaitable la production sur le territoire pour mettre fin à une circulation abusive des marchandises qui font parfois des milliers de kilomètres avant d’être consommés, alors qu’elles pourraient avantageusement être produites sur place.
  • En investissant dans une ré-industrialisation ”verte” et en mettant en oeuvre un protectionnisme raisonné à l’échelon européen.
Nous aurions tort de considérer que ces querelles ne concernent pas la Corse, car elles nous impactent au premier chef.
Appliquées à notre Île ces concepts pèseraient entre autres:
  • Sur la politique en matière de transports de marchandises afin de ré-orienter l’enveloppe de continuité territorial pour ne ps pénaliser les productions locales comme aujourd’hui.
  • Sur la diversification de notre économie afin qu’elle ne dépende plus autant du tourisme et que la place qui nous est affectée dans le dispositif mondialiste soit celui de bronze cul de l’Europe ou de réserve pour lotissements de touristes friqués.