FAUDRA T IL RÉTABLIR LA COUR DE SÛRETÉ DE L’ETAT ?
11 février 2011 par Vincent CARLOTTI
Présent dans A la Une, Corse, Introduction
Faudra-t-il rétablir la Cour de Sûreté de l’Etat pour que la question des détenus corses incarcérés dans les prisons continentales puisse obtenir de l’administration pénitentiare une position claire ?
La juridiction d’exception, créée pour juger les membres de l’OAS, dissoute par le gouvernement de Pierre MAUROY par la loi n° 81-737 du 4 août 1981, dont il n’est évidemment pas question de regretter la suppression, avait de ce point de vue au moins l’avantage de conférer à ceux qui comparaissaient devant elle un véritable statut de condamnés politiques.
La question, peut paraître provoquante, ou pour le moins saugrenue: elle ne l’est pourtant pas. La France ne reconnait pas aux détenus corses condamnés pour actes de terrorisme le statut de prisonniers politiques.
La République considère en effet que dans notre pays ou  la liberté d’expression est garantie par la constitution il n’est pas nécessaire de commettre des attentats pour faire valoir ses idées, et que de tels actes sont dès lors considérés comme  des délits de droit commun et traités comme tels.
Soit. Mais alors pourquoi, dès qu’il s’agit de transférer un détenu dans une prison insulaire, les condamnés pour actes terroristes font effectivement l’objet d’une discrimination, et se voient rarement attribuer une place libre au bénéfice des détenus de droit commun ?
Voilà plus de 30 ans qu’un certain nombre de corses ont choisi ce que les mouvements nationalistes radicaux qualifient de lutte armée, pour s’opposer sans succès et sans la moindre chance de l’emporter à la République.
Il reste que la multiplication de attentats n’a jamais empêché , comment ne pas le reconnaître, une frange non négligeable de la population d’approuver cette stratégie, au point qu’aux dernières élections territoriales 10% du corps électoral a voté pour les candidats indépendantistes qui revendiquaient clairement leur soutien aux mouvements clandestins.
J’ai toujours pensé que la solution de la question Corse, car c’est bien ainsi que la situation de l’île doit être selon moi  qualifiée, demandait une réponse politique, et que celle ci n’avait que trop tardé.
Faute de le prendre en compte, la vie politique insulaire continuera d’être empoisonnée et le climat altéré par des question comme celle des “détenus corses” selon les uns,  ou “prisonniers politiques” selon les autres, et polluera le fonctionnement normal des institutions, comme la CTC, condamnée à l’impuissance faute de pouvoir mettre en oeuvre une coalition vraiment majoritaire et solide sur un programme politique clair.
Beaucoup de temps perdu, beaucoup d’existences compromises, que ce soit parmi les victimes ou parmi les auteurs de violences. Lionel JOSPIN, pourtant jugé “psychorigide” par ses détracteurs, avait fini par le reconnaître en ouvrant la discussion sur ce qu’on a appelé les accords de Matignon.
Il ne s’est hélas pas trouvé, parmi ses successeurs, un seul homme d’Etat pour reprendre le cours de sa démarche: je veux croire qu’au cas ou la gauche reviendrait au pouvoir, ce qui est encore  loin d’être acquis, il s’en trouvera un(e) pour ouvrir courageusement le débat.

