Ma part de vérité - Edition du Lundi 06/02/2012

L’ALLEMAGNE ET LA MAISON EUROPE: DESAMOUR OU UN PEU PLUS ?

29 avril 2010 par Vincent CARLOTTI  
Présent dans A la Une, Economie, Introduction

Madame MERKEL n’est pas une femme pressée, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle l’avait déjà manifesté durant la crise financière ou elle avait mis plus d’un mois et demi de plus que les autres pays de l’Union à admettre qu’un plan de relance était indispensable.

Pour ce qui concerne l’aide à la Grèce, ce pays qui s’illustre régulièrement l’été par ses incendies de forêt dévastateurs et qui est en train de mettre le feu à l’euro, même scénario: madame la Chancelière traine les pieds et affole les marchés. Même le placide Michel BARNIER s’énerve et prédit une nouvelle crise  à nos portes.

Il faut dire que les allemands, auxquels les gouvernements imposent depuis sept ans une cure d’austérité qui n’est pas sans rappeler les purges à base d’huile de foie de morue administrées naguère aux enfants ,  répugnent à juste titre à payer pour un pays, la Grèce, qui a honteusement triché pour dissimuler, avant que n’éclate la vérité, l’ampleur de ses déficits.

Une campagne aux relents de xénophobie malodorante et violente est d’ailleurs menée par les tabloïds  qui donne la mesure de l’exaspération des allemands, mais aussi, et c’est sans doute plus grave, d’un sentiment anti-européen diffus qui est en train d’envahir une partie de l’opinion publique et déborde sur les cénacles politiques.

Une frange des économistes d’outre Rhin commence à suggérer que la Grèce pourrait, si ce n’est devrait, quitter l’Eurogroupe et retrouver la drachme, sa monnaie millénaire. Outre le coup de tonnerre que cette  décision entrainerait dans le ciel européen, elle mettrait le peuple grec dans  une situation qui justifierait non pas une aide financière mais carrément une aide humanitaire.

Avec une dévaluation de fait de plus de 50% de leur monnaie les grecs verraient en effet leur pouvoir d’achat réduit d’un jour à l’autre dans des proportions voisines…Imaginez la suite.

On peut se demander si cette suggestion tout de même assez irresponsable, ne recouvre pas le désir, plus ou moins inavoué d’une partie de la classe politique allemande de voir sortir de la zone Euro, non pas la Grèce, mais l’Allemagne elle même, qui retrouverait ainsi son Mark dont elle n’a vraiment jamais complètement admis l’abandon par Helmut KOHL…

Impensable bien sûr, si l’Allemagne comptait comme Chancelier, un homme ou une femme d’État: mais que penser d’une Angela MERKEL qui, face à une crise d’une telle ampleur garde son Å“il bleu fixé, non pas sur l’avenir de l’Europe, mais sur l’horizon des prochaines élections régionales qu’elle craint de perdre ?

L’URGENCE EN SARKOLAND

Il va devenir difficile de trouver les mots pour qualifier l’attitude du gouvernement et du président de la République. Il va même falloir faire très attention pour ne pas devenir grossier en choisissant les qualificatifs adéquats: il y aurait pourtant de quoi…

Ainsi, au moment ou le feu est déclaré dans la maison Europe, ou la spéculation se déchaine contre l’Euro,  et ou la Belgique est prête à exploser il n’y aurait rien de plus important, rien de plus urgent que de légiférer sur la question de la “burqa” et de mobiliser le ban et l’arrière ban de l’état UMP, du plus anonyme secrétaire d’état au plus insignifiant des parlementaires.

Brice HORTEFEUX qui a sans doute l’impression de tenir là un os de nature permettre à son maitre une petite remontée dans les sondages d’opinion catastrophiques qui déferlent de semaine en semaine, en rajoute chaque jour avec la délicatesse qu’on lui connait.

Il ne laissera rien passer claironne-t-il sur les ondes et les petites lucarnes.. Voyez vous ça ! Le chômage peut progresser, la spéculation se déchainer contre la Grèce le Portugal et sans doute bientôt l’Espagne, que cela ne tienne , la Burqa ne passera pas !

On reconnait un homme d’État, dit on, à sa capacité de distinguer l’important de l’accessoire: à ce compte il est temps que Brice et Nicolas partent  formation accélérée…