MICHEL ONFRAY: DÉLIRES EN ESPÉRANTO
19 juillet 2010 par Vincent CARLOTTI
Appartient à A la Une, Corse, Introduction
Michel ONFRAY a des amis c
orses, un peu comme Jean Marie Le PEN a ses amis arabes. Ils lui auraient confié, sous l’empire du vin précise-t-il, que du nord au sud les corses ne se comprennent même pas entre eux: vraiment des sauvages n’est ce pas ?
Le philosophe canarde, dans une tribune libre du journal Le Monde les langues régionales, et au premier chef la langue corse qualifiée naturellement de dialecte et se livre à une attaque en règle contre la diversité linguistique de la planète en regrettant les temps bibliques ou, selon lui, les hommes se comprenaient d’un bout à l’autre de la terre avant que leur folie ne les amène à construire la tour de Babel…
Il a fait fort le philosophe, et il se rapproche ainsi curieusement des fondamentalistes du sud des Etats Unis qui réfutent les théories évolutionnistes de DARWIN et nous expliquent que les dinosaures n’ont jamais existé puisque la Bible fait remonter la création du monde à 9000 ans…
Je suis pour ma part attaché à la diversité biologique comme à la diversité culturelle qui sont aussi consubstantiels à la vie l’un et l’autre contrairement à monsieur ONFRAY qui va jusqu’à faire l’éloge de l’esperanto, cet ersatz de langue encore pire à mes yeux que le globish, cet anglais minimal des échanges commerciaux internationaux.
En fait, ce qui m’a le plus choqué, ce ne sont pas les délires du philosophe, mais la vulgarité et l’agressivité de ses propos particulièrement indignes de sa réputation.
Pour ma part je ne me rendrai plus aux causeries qu’il lui est arrivé d’animer au Lazaret d’Ajaccio, peut être pour ne pas céder à la tentation de l’interpeller avec la même vulgarité.
En lisant le texte de monsieur ONFRAY je me dis que décidemment la philosophie est une chose bien trop sérieuse pour la confier à certains philosophes …


Krokodilo on mer, 21st juil 2010 14:40
L’espéranto n’est pas un “ersatz de langue”, mais une langue construite, simple mais non simpliste, dotée de toutes les potentialités des langues, oral, écrit, traduction fidèle, évolution. Le comparer avec le globiche n’a pas de sens, car ce sous-anglais sans grammaire que chacun cuisine à sa façon (kitchen english) ne peut servir à la traduction d’oeuvres étrangères, c’est du petit-blanc comme il y eut jadis du petit-nègre (créé par l’armée française pour ses soldats africains je crois), qui maintient les natifs et ceux qui maîtrisent (plus ou moins) le vrai anglais dans une position dominante et laisse le bon peuple dans son rôle servile.
On aimerait aussi votre avis sur l’incommunicabilité entre les hommes : doit-elle perdurer, ou avez-vous accepté l’anglais européen ou “mondial” qui nous est progressivement imposé alors que les idéaux de la construction européenne étaient fondés sur l’égalité des peuples ?
Emery on mer, 21st juil 2010 19:29
Etant socialiste et esperantiste ton message m’interpelle. Si M.Onfray a critiqué à tort les langues régionales et le corse ce n’est pas une raison pour critiquer à tort l’esperanto.
Ce dernier est la seule langue internationale AUXILIAIRE neutre et facile qui est parlée par plus d’un million de personnes dans plus de cent pays depuis plus d’un siècle sans soutien étatique. Il permet de mieux comprendre la parenté profonde des racines de la grande majorité des langues européennes (indo-européen et plus précisément latin et grec) et donc le rapprochement nécessaire des peuples. L’utilisation du principe d’agglutination le rapproche de la majorité des langues afro-asiatiques: chinois, japonais, turc, swahili etc. L’esperanto est 50 fois plus facile à apprendre que l’anglais pour un chinois selon les témoignages receuillis par l’ancien traducteur international de chinois et d’anglais à l’O.M.S. Claude Piron.
Le XXIème siècle a besoin d’une langue internationale facile. L’anglais n’est une langue native que pour 6% de la population mondiale et reste difficile et long à maitriser à un haut niveau: plus de 10000h heures soit six années de travail à temps plein. En outre le tout anglais tend à marginaliser progressivement les langues régionales puis nationales et établit des relations profondément inégales contraires à l’éthique démocratique et sociale. Les espérantistes sont pour le soutien à toutes les langues.Sur Wikipedia l’esperanto est une des vingt premières langues par le nombre d’articles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Esp%C3%A9ranto
http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/etudesurterrain.htm
http://ps-esperanto.ouvaton.org/rubrique.php3?id_rubrique=1
István Ertl on jeu, 22nd juil 2010 10:00
Il existe des espérantistes qui défendent activement les langues régionales et minoritaires, notamment au sein de l’association IKEL:
http://ikel.stel.net/indexFR.html
Le magazine de IKEL, Etnismo, rend compte des évolutions sur le terrain. Nous avons parlé de la Corse aussi, voir
http://www.gazetejo.org/node/402 (pdf)
p. 18-19
L’auteur, Daniele Vitali conclut (en 2004) que la langue corse est profondément ancrée dans l’identité corse et qu’elle a une forte présence dans l’ile, mais qu’elle n’est peut-etre pas suffisamment parlée par les jeunes.
Bien a vous
István Ertl
membre du comité directeur de IKEL
Couturier Dominique on jeu, 22nd juil 2010 16:15
En tant qu’adhérente des Verts, qui défendent fortement les langues régionales, et (un peu moins fermement, mais tout de même un peu) l’espéranto, je voudrais attirer votre attention sur le fait que ces deux options n’ont rien d’incompatible.
Je dirais même au contraire.
Les langues régionales nous enracinent dans une identité de terroir, une histoire familiale, une lignée etc… alors que l’espéranto nous ouvre au contact direct, efficace, équitable avec quelque peuple que ce soit (pourvu que l’interlocuteur l’ait appris).
Au contraire, le très large usage de l’anglais (pour utile que soit cette langue dans des circonstances bien déterminées) présente de nombreux inconvénients, au nombre desquels une communication laborieuse et imprécise pour tous ceux qui ne l’ont pas reçu en partage à leur naissance (ou qui n’ont pas baigné plusieurs années dedans grâce à la situation socio-économqiue de leur famille).
Un autre risque est celui d’une “folklorisation” des langues “mineures” (voir par exemple le danois…)
Alors, on connait les excès de M Onfray… Je ne sais pas quelle mouche l’a piquée d’opposer les deux niveaux (régional, et “universel”). En tous cas, linguistiquement parlant, il est très peu pertinent de qualifer l’espéranto de “langue universelle”, car aucune langue ne peut l’être, et c’est justement parce qu’elles sont différentes que leurs richesses se complètent et qu’on doit en préserver le maximum…
Je ne parle pas le corse, mais comme je suis italianiste je peux en comprendre une partie.
Qu’il y ait quelques variations de type dialectal à l’intérieur d’une langue (régionale OU PAS!) ça semble quasi inévitable, cela existe aussi en français.. mais de là à dire que les gens ne se comprennent pas d’un bout à l’autre de l’île de beauté, c’est bien sûr caricatural…
Vincent CARLOTTI on jeu, 22nd juil 2010 18:39
Tout à fait d’accord avec Dominique: opposer “régional” et “universel” m’a toujours paru dans beaucoup de domaine inutile et parfois dangereux.
Par ailleurs et pour tout vous dire je me méfie du terme “universel” il me fait irrésistiblement penser, allez savoir pourquoi, à “rabot”… D’autant qu’il y a , dans l’idée d’imposer une langue universelle et donc unique, un relent un tantinet totalitaire qui révulse le libertaire que je suis et serai toujours…
Krokodilo on sam, 24th juil 2010 15:16
@Vincent Carlotti, “D’autant qu’il y a , dans l’idée d’imposer une langue universelle et donc unique, un relent un tantinet totalitaire qui(…)
Comme d’autres espérantophones ou -istes (militants), je trouve que MO a été maladroit dans quelques phrases sur les langues régionales, ou qu’il a sous-estimé la sensibilité des régionalistes. Mais lorsqu’on sollicite d’une personne de ce calibre, intelligente, dynamique et médiatique, pour qu’elle préface une traduction de son propre ouvrage, on ne peut se permettre de lui demander « SVP, pourriez-vous changer cette phrase, j’ai peur qu’elle choque tel ou tel groupe ? » ! D’ailleurs, une fois dépassée la formulation choc, une fois enlevées les rares expressions qui ont choqué, « langue universelle» et «un outil de fermeture sur soi, (…) », le fond ne me paraît pas si choquant ni inexact : qu’une langue régionale ait besoin d’un terroir, que ce soient des racines, qu’un fonctionnaire muté dans une région ressente comme une exclusion le fait de ne pas connaître la langue d’une région où celle-ci serait vivace, ce ne sont pas des critiques mais des faits. La question des langues et de leur usage aux différents niveaux d’organisation sociale n’est pas simple et ne l’a jamais été.
De leur côté, les régionalistes se montrent souvent peu diplomates envers la langue française et ses défenseurs, et sont souvent peu tendres avec ceux qu’ils considèrent comme leurs adversaires, “jacobins” étant des moindres. Ils sont en outre souvent cléments envers l’anglais imposé dans l’UE et peu sensibilisés à la question de la communication inter-nationale. L’anglais n’est-il pas actuellement imposé ? Aussi bien dans l’UE - et certains parlent maintenant ouvertement de l’officialiser comme langue de l’Union -, que dans nos écoles car il n’y a souvent pas de choix possible. Par ailleurs, je n’ai jamais lu comment ils imaginent organiser l’enseignement public bilingue dans toutes les régions de France, de la maternelle à l’enseignement supérieur. Multiplier par x le nombre de profs ? Le vocabulaire technique est-il actualisé ? Il faut reconnaître qu’une langue nationale commune, c’est bien pratique, et que la question des langues aux différents niveaux d’organisation sociale est bien plus compliquée qu’on ne le croit souvent. Ce qui est urgent, ce n’est pas la condamnation des propos de M.Onfray, mais le débat sur ces questions, sans réponses convaincantes depuis des siècles.
van der Vleugel on mer, 4th août 2010 15:01
Vous dites “En fait, ce qui m’a le plus choqué, ce ne sont pas les délires du philosophe, mais la vulgarité et l’agressivité de ses propos particulièrement indignes de sa réputation” et je regrette de vous répliquer que votre analyse du texte de Onfray me semble “délirante” car sans finesse et votre réaction “agressive” car ne plus se rendre à ses causeries c’est refuser le dialogue. Votre réaction n’est pas digne d’un intellectuel sauf si vous avez eu l’intention de choquer.
Thierry on jeu, 12th août 2010 13:00
M.Carlotti,
Dans votre réponse à Dominique vous dîtes:
(…) Par ailleurs et pour tout vous dire je me méfie du terme “universel” il me fait irrésistiblement penser, allez savoir pourquoi, à “rabot”…(…)
L’espéranto ne peut pas, ne doit pas, être qualifié d’universel — parce que ce n’est pas le cas et qu’il n’a pas vocation à le devenir —, mais plutôt de langue internationale, (de langue auxiliaire), puisqu’il l’est non seulement dans les faits: par son vocabulaire (une synthèse des langues européennes) et par sa structure qui le rapproche des langues non indo-européennes (pour faire simple).
International, il l’est de plus par le fait que sa littérature et la communauté humaine qui le pratique s’appuient et proviennent de plus de cent-vingt pays sur les cinq continents.
C’est trop souvent ignoré, mais les faits sont là. Et têtus.
Enfin, vous ajoutez:
“D’autant qu’il y a, dans l’idée d’imposer une langue universelle et donc unique, un relent un tantinet totalitaire qui révulse le libertaire que je suis et serai toujours…”
Tranquilisez-vous sur ce point, si c’était nécessaire bien sûr. Personne, jusqu’à présent, n’a voulu imposer l’espéranto. Bien au contraire, cette langue a été, et est encore de nos jours, systématiquement écartée, dénigrée et ce avec toute l’arrogance de gens qui n’ont jamais fait, ne serait ce qu’une étude même superficielle, à commencer par ouvrir un livre écrit en espéranto.
Compte tenu de ce qu’il faut bien appeler par son nom: la résistance des esprits, des esprits ignorants, mais qui, pour certains, sont placés aux commandes, l’espéranto dans les écoles, ce n’est pas pour demain.
Il en va bien sûr tout autrement en ce qui concerne l’anglais, notamment sur le dernier point. Vous aviez bien dit: “d’imposer une langue universelle et donc unique “?
Nous y sommes en plein.
fhequet on dim, 15th août 2010 10:27
Bonjour, votre billet me navre. Mr Onfray n’a pas fait dans la finesse à propos des langues régionales. L’esperanto n’a jamais eu pour finalité de remplacer ou de concurrence telle ou telle autre langue. Elle a été conçue comme un outil de communication internationale neutre. J’insiste sur “neutre”. Pour mémoire, je reproduis ci-après un extrait issu du congrès de boulogne-sur-mer tenu en 1905 :
“L’espérantisme est l’effort pour répandre dans le monde entier l’usage d’une langue humaine neutre qui, sans s’immiscer dans les affaires intérieures des peuples et sans viser le moins du monde à éliminer les langues nationales existantes, donnerait aux hommes des diverses nations la possibilité de se comprendre ; qui pourrait servir de langue de conciliation au sein des institutions des pays où diverses nationalités sont en conflit linguistique ; et dans laquelle pourraient être publiées les oeuvres qui ont un égal intérêt pour tous les peuples. Toute autre idée ou aspiration que tel ou tel espérantiste associe à l’espérantisme est son affaire purement privée, dont l’espérantisme n’est pas responsable.”