Ma part de vérité - Edition du Mercredi 08/09/2010

LA GAUCHE ET SES FORTERESSES

On n’a naturellement pas fini d’analyser le scrutin du 14 mars qui est riche d’enseignements pour l’avenir, et qui fait apparaitre pour une grande partie la gauche en particulier quelques signes qui, malgré la victoire hautement probable sont préoccupants pour l’avenir.

Le tableau ci dessus montre en effet que les listes GIACOBBI, ZUCCARELLI et RENUCCI ont obtenu des scores reflétant une représentation complètement déséquilibrée sur l’ensemble du territoire. Forts dans leurs fiefs, ils sont particulièrement faibles en dehors de ceux ci.

Par contre, les listes SIMEONI et TALAMONI sont remarquablement implantées sur l’ensemble du territoire insulaire, ce qui leur garantit, pour l’avenir, un ancrage permettant d’espérer un développement de plus en plus important compte tenu des relais d’opinion qu’ils ont su agréger ainsi.

Il leur faudra auparavant consolider cet électorat au fil du temps, mais ils ont fait l’éclatante démonstration qu’ils peuvent être plus rapidement que prévu en situation de se positionner en pôle position pour constituer autour d’eux une majorité à l’Assemblée de Corse.

On ne peut pas en dire autant de la gauche non communiste: sa représentation totalement déséquilibrée lui confère une fragilité extraordinaire. la perte de l’un ou l’autre de ses bastion et c’est la descente aux enfers pratiquement assurée..

Le Front de Gauche constitue à gauche  une exception très intéressante. Son résultat est parfaitement équilibré, il a fait une excellente campagne très politique et sa liste ne comportait aucun représentant de forteresse électorale.

Bref, d’un coté le résultat trop largement dépendant du  vote clanique, archaïque, clientèliste, de l’autre le résultat d’un vote politique attaché à un projet de société.

La victoire de dimanche prochain, favorisée par un contexte de rejet de SARKOZY et des Sarko-boys insulaires, ne doit pas dissimuler la réalité d’une situation dangereuse. C’est aujourd’hui la droite au pouvoir qui se trouve sur la sellette: ce pourrait être la gauche demain au pouvoir qui pourrait connaitre les mêmes déconvenues, d’autant qu’une droite décomplexée pourrait bien s’allier, alors, aux nationalistes…

Le PS de Corse est né des luttes anti-claniques des années 70 et 80, il y a forgé son identité. En se fondant dans un tel schéma il aura fait, incontestablement, et malgré les apparences, le choix de s’ y abimer à plus ou moins brève échéance.

Commentaires

Un commentaire on "LA GAUCHE ET SES FORTERESSES"

  1. Pierre Alessandrini on jeu, 18th mar 2010 22:51 

    Je crois que votre analyse ne mérite pas de retouche et s’en est d’ailleurs fort attristant.

    La gauche gagnera dimanche (sans majorité absolue) mais sa victoire n’aura rien de populaire, elle sera dans de larges mesures fille d’un système clientéliste largement connu. Il est d’ailleurs regrettable que la presse ne s’attarde pas plus longuement sur cette géographie électorale pour le moins parlante; tout au plus a-t-on pu lire dans Corse Matin un “Paul Giacobbi: le vote des champs”, comme si l’analyse politique du scrutin devait se borner à souligner comme une anecdote, voire une coïncidence, la concentration du vote “Giacobbi” dans la sphère d’influence du tandem Viola Domarchi circonscrite par les limites cantonales de la majorité départemenale.

    Et l’on pourrait proposer une analyse similaire au vote Zuccarelli et Renucci respectivement à Bastia et Ajaccio.

    Cet état de fait témoigne de l’absence de discours politique, ou tout du moins de convictions fortes lors de cette campagne de la part des élus de la gauche non communiste. Seul un taux d’abstention élevé, associé à une droite nationale et régionale au bilan lamentable ont su la porter aux portes de la région.

    Illustrer cela est simple: en 2004 Emile Zuccarelli, qu’on ait été ou non d’accord avec lui, avait mené une campagne presque acharnée, porté par son engagement résolu contre le référendum de 2003, en bref une campagne politique; les électeurs l’avait massivement soutenu au point d’obtenir neuf sièges dans l’hémicycle régional. Cette année il part à la bataille presque par défaut, ou plus prosaïquement pour lancer son fils dans l’entre deux tours tout en offrant à son lieutenant encore aujourd’hui fidèle, François Tatti un horizon différent de celui que la Mairie de Bastia lui laissait entrevoir. Et les électeurs ne s’y trompe pas et le sanctionne!

    D’autre part trois listes font une campagne enthousiaste, convaincu par leur discours. Un discours de rupture qu’il soit contre la politique libérale d’un gouvernement Fillon Sarkozy en pleine tourmente, contre un Etat de tutelle qu’il présente comme colonial et autoritaire, contre une classe politique insulaire qu’on se propose de renouveler par un courant nationaliste revenu de ses errances clandestines.
    Et le discours passe, et c’est souvent tout autant la franchise du message qui est plébiscitée, que le message lui même.

    Car au fond, il est aujourd’hui en Corse une frange de la population qui voudrait en finir avec une représentation politique qui, travestie sous des apparences de gauche et de droite, se caractérise principalement par un sens aigu de ses propres intérêts. Giacobbi ne se soucie plus depuis longtemps de s’appuyer sur une majorité de gauche au département, il va jusqu’à jouer négocier avec Sarkozy un portefeuille ministériel (et c’est simplement la faiblesse de l’offre qui le fît reculer devat l’opportunité) , Emile Zuccarelli quant à lui s’est replié sur lui même dans ce que j’analyse pour ma part comme une agonie dynastique.

    Alors sans doute la gauche pourra-t-elle encore, pendant quelques années jouer sur l’illusion d’une adhésion de la Corse a ses idées, mettant en avant sa représentation parlementaire en décalage pourtant avec le vote corse aux présidentielles successives; elle se mentira ainsi à elle même, oubliant que plus que le destin de ses représentants la Corse a besoin plus que jamais d’une gauche convaincue par son message, sociale et populaire, l’inverse bref du visage qu’elle nous présente aujourd’hui.

    Je me réjouis alors simplement pour ne pas finir sur cette triste note, de voir prochainement Dominique Bucchini au perchoir de l’assemblée, une touche de gauche et de sincérité qui fera beaucoup de bien là où elle sera.

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