Ma part de vérité - Edition du Mardi 07/02/2012

Sarkozy face à la question Corse

3 juin 2007 par vincent carlotti  
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La Corse a été totalement absente de la campagne électorale des présidentielles. Si Nicolas Sarkozy y a fait une apparition éclair à la veille du premier tour, Ségolène Royal ne s’en est pas donné la peine. Sans doute pensait elle qu’avec l’appui de trois députés sur les quatre que compte la Corse, de deux sénateurs sur les deux dont elle dispose, d’un président de Conseil Général sur deux, et des maires des deux plus grandes villes insulaires, elle était assurée d’un score important…Elle avait grand tort, comme l’a démontré le résultat final, et la gauche socialiste n’a sans doute pas fini de payer le fait que le PS ait choisi depuis des lustres de sous traiter sa ligne politique Corse à ses alliés.


Nicolas Sarkozy a essuyé un échec lors du réferendum sur la suppression des deux Conseils Généraux de Corse. Il avait à l’époque développé beaucoup d’énergie pour convaincre les insulaires du bien fondé de son initiative.

Je l’avais quant à moi approuvée, comme une grande partie des socialistes corses, une forte minorité ayant préféré suivre Emile Zuccarelli, Député Maire PRG de Bastia, grand pourfendeur du statut particulier de la Corse et adversaire acharné de toute réforme institutionnelle.

Le NON l’avait emporté de justesse et la Ministre de l’Intérieur en avait pris acte et avait enterré la réforme, bien qu’il n’y ait pas été formellement tenu, le vote étant purement indicatif.

Le Président de la République n’est pas homme à rester sur un échec, et la réforme reste, à mes yeux comme probablement à ses yeux tout à fait indispensable. Ceux qui pensent que le réferendum ayant tranché le débat on en restera là risquent de déchanter rapidement. Le résultat du réferendum sur la constitution européenne, autrement plus tranché et important, ne l’a pas empêché de porter devant le Parlement un texte, certes simplifié, mais conservant la même portée.

Je suis persuadé qu’il agira de même pour ce qui concerne la réforme de la carte administrative de l’île: un simple décret pris en Conseil d’Etat y suffira, comme cela a d’ailleurs été le cas lorsque en 1975, Jacques Chirac, par le même moyen,  avait coupé le Département de la Corse en deux après une consultation formelle du Conseil Général unique qui s’y était opposé sans résultat.

Gageons que de la même façon il est certainement tenté de mettre ses pas dans ceux de Tony Blair en règlant la question Corse comme ce dernier a règlé la question Irlandaise, et en provoquant une nouvelle alliance entre la droite insulaire, qui à mon avis s’y prépare, et les mouvements indépendantistes, qui s’y résoudront en fin de compte, pour passer entre eux le pacte de gouvernement dont la Corse a cruellement besoin pour sortir enfin de l’ornière.

Après tout, il y a  moins de différences entre Camille de Rocca Serra et Jean Guy Talamoni, qu’entre le pasteur Ian Paysley et le leader de l’IRA Gerry Adams, et surtout moins de sang…Après avoir engagé la rupture sur le plan national, on ne voit vraiment pas pourquoi Nicolas Sarkozy se priverait de le faire au plan insulaire. D’autant qu’il serait, de mon point de vue, pratiquement assuré de parvenir à ses fins.

Il ne resterait alors plus aux socialistes insulaires comme à leurs camarades parisiens que les yeux pour pleurer: après avoir engagé et mené à bien deux réformes importantes sous les septenats de François Mitterrand, ils verraient s’accomplir sous leurs yeux ce qu’un certain nombre d’entre eux avaient imaginé, et que la pusillanimité de leurs dirigeants et le conservatisme de leurs alliés aura permis à leurs adversaires de réaliser.

Mais après tout, en politique comme dans la vie, n’a t-on pas, en fin de compte le destin qu’on mérite ?

Commentaires

Un commentaire on "Sarkozy face à la question Corse"

  1. nostradamus on lun, 4th juin 2007 5:49 

    Cruauté d’une analyse qui souligne les errements de quelques entêtés qui ont tout sacrifié à des exaltations jacobines. Restent à attendre les décisions de N. Sarkozy. Iront-elles dans le sens ici prévu? Je n’en suis pas totalement convaincu. La droite insulaire, idéologiquement, n’est pas très loin du MRG: une sorte de nationalisme républicain avec lever des couleurs et garde-à-vous. En leur offrant quelques roulements de tambour et quelques incarcérations, N Sarkozy leur fera plaisir. Et pour satisfaire une partie des nationalistes, plus affairiste qu’autre chose, il lui suffira d’ouvrir quelques cellules. Le problème corse restera en suspens. Et les nationalistes sincères comme les socialistes sincères pourraient se rencontrer. Rêve creux? Peut-être. On fait avec ce qu’il nous reste.

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